Projet national de lutte contre le swollen shoot
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Projet national de lutte contre le swollen shoot

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RESUME SYNOPTIQUE DU PROGRAMME DE LUTTE CONTRE LA MALADIE DU SWOLLEN SHOOT DU CACAOYER

 

I CONTEXTE

1.1 Généralités

Depuis plus de quatre décennies, la Côte d’Ivoire occupe le rang de premier producteur mondial de cacao, avec plus de 40 % de part de marché. Le cacao constitue l’un des principaux moteurs du développement économique et social du pays. En effet, ce produit génère plus de 30 % des recettes d’exportation et contribue à plus de 15 % dans la formation du Produit Intérieur Brut (PIB). De plus, le secteur du cacao participe à la création de nombreux emplois dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire.

 

Malgré ces performances, la durabilité de la cacaoculture ivoirienne est constamment menacée par de nombreuses contraintes liées à la production. Ce sont notamment :

·         Le caractère extensif de la culture ;

·         Le vieillissement du verger et des producteurs ;

·         La pression des parasites et ravageurs « classiques » ;

·         La maladie du Swollen-shoot ; et

·         L’apparition de nouvelles menaces.

 

Pour ce dernier point, il faut noter que, depuis 1988, de nouveaux ennemis du cacaoyer sont apparus dans les vergers et sont en recrudescence. Les scientifiques ont identifié un autre type de déprédateurs, le foreur des tiges dont l’importance s’est accrue au cours de la dernière décennie (CNRA 2005). Au cours de cette même période, une espèce plus agressive de Phytophthora, en l’occurrence P. megakarya, est apparue dans les cacaoyères de l’Est de la Côte d’Ivoire. Cette espèce s’est répandue au-delà de cette région et est, aujourd’hui, présente dans les autres zones de production, notamment dans le Sud-Ouest.

Outre ces affections phytopathologiques graves, qui rendent l’environnement de production de plus en plus difficile, vient de s’ajouter la maladie du Swollen Shoot. Des foyers en extension ont été confirmés par le Centre National de Recherche Agronomique (Kébé et N’Guessan, 2003) dans la Région de la Marahoué (Bouaflé et Sinfra). L’histoire de cette maladie, qui a ravagé et continue d’affecter sérieusement la production de cacao au Ghana, démontre pleinement la gravité de la menace qu’elle constitue pour l’économie cacaoyère ivoirienne.

 

En effet, la maladie du Swollen Shoot du cacaoyer est une maladie virale dont les vecteurs connus, à ce jour, sont des espèces de cochenilles. Cette maladie est endémique en Afrique de l’Ouest, notamment en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Togo. Ces deux derniers pays luttent contre cette maladie depuis plus de 70 ans.

En Côte d’Ivoire, les premiers foyers de Swollen Shoot ont été signalés en 1943, à l’Est du pays. A cette époque, les dégâts sont restés limités, suite à l’arrachage précoce des foyers. A partir de 2003, sur indication de l’ANADER, le CNRA a confirmé l’apparition de formes virulentes de la maladie au cœur des grandes zones de production, notamment dans les Départements de Bouaflé et de Sinfra.

 

Les actions d’information et de sensibilisation des parties prenantes, des Autorités Administratives et Politiques et des acteurs de la filière Café-Cacao, ont abouti au financement de projets successifs de lutte contre la maladie du Swollen Shoot, à partir de 2008. En 2009, un programme national de lutte a été élaboré, avec la participation de l’ensemble des acteurs nationaux. De 2011 à 2012, un projet pilote, dénommé « projet d’appui à l’arrachage et à la replantation », exécuté dans les principales zones de production, a permis d’affiner le programme national de lutte. A partir de juin 2014, le projet pilote est renforcé par la mise en place de mesures d’accompagnement sous la forme de subventions en nature.

 

Le rythme d’exécution de ce projet d’appui à l’arrachage et à la replantation, comparé à la progression de la maladie dans le verger cacaoyer Ivoirien, n’a pas permis de réduire la menace de la maladie du Swollen Shoot, qui risquait, ainsi, de compromettre la survie de l’économie cacaoyère nationale. Aussi, est-il apparu nécessaire de renforcer ce projet en intensifiant l’arrachage des foyers d’infection. C’est ce qui a donné lieu à la création du Programme d’intensification de la lutte contre la maladie du Swollen-shoot, pour une durée de 5 ans, lancé par le Directeur Général du conseil du Café-Cacao, le 23 janvier 2018 à BOUAFLE.

 

1.2 Comment reconnaitre la maladie dans le verger ?

La recherche a identifié, pour l’instant, 5 symptômes de la maladie du Swollen Shoot du cacaoyer.

        1.Gonflement des rameaux

Sur les tiges du cacaoyer, la manifestation typique du Swollen Shoot est le gonflement. Les gonflements sont généralement plus fréquents et plus prononcés sur les rameaux orthotropes couramment appelés « gourmands ».

 

 

        2.Gonflement des racines

Comme sur les tiges du cacaoyer, les signes caractéristiques du Swollen shoot est le gonflement. Ces gonflements peuvent apparaître sur le pivot, les racines latérales ou secondaires. 

 

        3.Taches rougeâtres le long des nervures sur jeunes feuilles

Sur les jeunes feuilles issues des poussées foliaires, n’ayant pas encore acquis la couleur verte, le Swollen Shoot se caractérise par l’acquisition de bandes rouges foncées le long des nervures. Ces bandes sont toutefois plus fréquentes le long des nervures secondaires. 

 

        4.Taches jaunâtre sur les feuilles adultes

 

Après quelques jours, lorsque la feuille se développe et acquiert la couleur verte, les bandes rouges deviennent de moins en moins visibles, puis disparaissent progressivement. Elles font place à des taches jaunes le long des nervures. Ces taches restent visibles jusqu’à la chute de la feuille. Plusieurs types de taches ou « mosaïque » peuvent être observées, notamment les mosaïques en fougères et les mosaïques réticulées.

        1.Rabougrissement des cabosses

Sur la cabosse, la maladie du Swollen shoot se manifeste par des déformations et la réduction de la taille. Ces symptômes sont d’autant plus prononcés que la souche virales est agressive. D’une manière générale, les arbres infectés produisent peu de cabosses, de taille plus petite et dans certains cas, de forme arrondie. Des marbrures vert-sombre sont parfois visibles sur le cortex des cabosses immatures.A l’intérieur de la cabosse, les fèves sont généralement de taille réduite avec une proportion non négligeable de fèves plates.

N.B. : les symptômes sur les cabosses ne sont présentés qu’à titre indicatif.

Ils ne sont pas fiables pour le diagnostic de la maladie, puisque ces mêmes symptômes. 

1.3 Les dégâts causés par le Swollen Shoot

La maladie du Swollen Shoot constitue sans aucun doute, un important facteur de dégradation des cacaoyères.

  • -Emergence de mauvaises herbes favorisées par des trous de lumière.

 

 

  • -Défoliation des cacaoyers, destruction de la canopée, dessèchement des branches et la mort des arbres

-Baisse des rendements

        • 25% première année
        • 50% deuxième année
        • Mort du cacaoyer après 3 à 5 ans

1.4 Cadre réglementaire

·         -Le décret N° 2013-852 du 19 décembre 2013 portant protection des plants de cacaoyers contre la maladie du Swollen shoot ;

·       -L’Arrêté Interministériel N° 584/MINADER/MEMIS/MPRCD du 15 septembre 2016, portant création, attributions, organisation et fonctionnement  des brigades de lutte contre la maladie du Swollen Shoot ;

   -L’Arrêté Interministériel N° 585/MINADER/MEMIS/MPRCD du 15 septembre 2016, fixant la procédure d’arrachage des plants de cacaoyers infectés par la maladie du Swollen Shoot et les modalités de l’assistance à la replantation. 

II LE PROGRAMME DE LUTTE CONTRE LE SWOLLEN SHOOT PERIODE 2018-2022

2.1         Objectifs et résultats du programme

Le principal objectif est d’arrêter la progression de la maladie dans le verger et replanter tous les foyers d’infection.

Dans un délai de cinq (5) ans (à l’horizon 2022), le programme devra aboutir à l’arrachage de 100 000 ha de plantations infectées et faire passer le taux de prévalence de la maladie de 9% à 0%. La réalisation de cet objectif se fera en deux étapes. Une étape de trois (3) ans d’intensification de l’arrachage suivie d’une étape d’inspection de tout le verger et des frontières de deux (2) ans afin de s’assurer que tous les foyers d’infection ont été éteints.

 

 

2.2         Principales composantes du programme

Pour atteindre les objectifs et résultats attendus, l’ensemble des actions s’inscrit dans six (6) composantes, y compris la poursuite et le renforcement des activités de recherche d’accompagnement.

 

Composante 1 : Information /sensibilisation et renforcement des capacités techniques de producteurs

L’objectif est de développer un système d’information, de sensibilisation et de communication efficace tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays pour la mobilisation de l’ensemble des acteurs et pour une meilleure gestion de la maladie.

Il s’agit surtout d’informer et sensibiliser (i) les producteurs, (ii) les organisations de producteurs, (iii) les autorités locales, et (iv) tous les acteurs de la chaîne des valeurs du cacao.

 

·         L’information et la sensibilisation de proximité

Des messages techniques décrivant la maladie du Swollen Shoot, ses conséquences sur la production, les modes de propagation et surtout les mesures de prévention sont diffusées sur les radios de proximité.

Il s’agit également d’information et de sensibilisation par des réunions de proximité. Ces réunions se tiendront dans les villages et campements producteurs de cacao. Elles seront animées par les agents ANADER formés. Des supports didactiques sont confectionnés à cet effet.

Cette forme de sensibilisation met l’accent sur la connaissance des symptômes de la maladie, les mesures de prévention et l’importance de déclarer les nouveaux cas de Swollen Shoot observés pour la prise en compte de ces parcelles dans le programme national de lutte contre la maladie.

·         L’information et la sensibilisation de masse

L’information et la sensibilisation de masse se font à travers les médias nationaux et nécessitent la conception et la diffusion de supports audio-visuels et des spots.

Au plan technique, il s’agit du renforcement des capacités techniques des producteurs en vue de la gestion efficace des infections et des réinfections éventuelles des plantations.

Pour y arriver, tous les techniciens impliquées dans la mise en œuvre du projet (i) brigade de surveillance, (ii) agents du Ministère en charge de l’Agriculture, (iii) technicien du conseil agricole bénéficieront de formations spécifiques pour l’accomplissement efficace de leur mission. Des supports spécifiques seront élaborés à cet effet.

·         La formation des producteurs et L’assistance technique/ coaching

Les formations portent sur les itinéraires techniques définis par les experts de la recherche et du conseil agricole et contenus dans le guide élaboré dans le cadre de la lutte contre la maladie du Swollen Shoot. Il s’agit de renforcer les capacités techniques des producteurs. Les formations sont dispensées par des Conseillers Agricoles Café – Cacao (CA – CC) de l’ANADER.

Les formations sont organisées sur des parcelles de démonstration appelées «‘parcelles pilotes ». Ces parcelles servent à la formation des producteurs in situ et de démonstration en grandeur réelle. En outre, les producteurs sont progressivement responsabilisés pour poursuivre ces formations sur les itinéraires techniques en leur sein.

 

Composante 2 : Identification et cartographie de toutes les parcelles infectées

L’ensemble des activités de cette composante permet d’actualiser les données disponibles et suivre l’évolution de l’infection dans le verger.

Les précédentes phases du programme ont permis de déterminer le taux de prévalence de la maladie par des enquêtes d’identification des symptômes dans le verger cacaoyer. Par la suite, un dispositif d’identification de nouveaux foyers a été mis en place. Cette approche a permis de couvrir la presque totalité des localités de production du cacao.

Afin d’actualiser les données disponibles et suivre l’évolution de l’infection dans le verger, les actions suivantes sont menées:

- l’actualisation des données sur l’évolution de la maladie;

- la cartographie des plantations infectées et des foyers puis la détermination de la superficie de tous les foyers;

- la mise à jour de la carte sanitaire du Swollen Shoot.

Ainsi, cette composante, conduite par l’ANADER, permet de déterminer la superficie exacte des foyers et des superficies de plantations infectées.

 

Composante 3 : Arrachage et gestion efficace des foyers

L’objectif de cette composante est d’accompagner l’ensemble des producteurs en vue de l’arrachage de 100 000 ha de plantation et assurer une gestion efficace de tout foyer d’infection dans tout le verger, par la diffusion des méthodes et des technologies adaptées de gestion de la maladie afin de limiter l’infection et/ou la réinfection des vergers. L’arrachage est effectué par des scieurs (individuels ou constitués en entreprise), appelés opérateurs d’arrachage, recrutés conjointement par les DR du Conseil du Café-Cacao et les Chefs de Zones de l’ANADER.

 

Composante 4 : Mise en place de mesures d’accompagnement de l’arrachage

La mise en œuvre de mesures d’accompagnement est primordiale pour la réussite de l’éradication de la maladie du Swollen shoot. Au départ, ces mesures d’accompagnement étaient constituées d’un appui à l’arrachage, fourniture de semences de cacao, de vivriers, de rejets de bananes, d’herbicides et d’engrais. Ce n’est que plus tard avec la phase d’intensification de l’arrachage, dans le but de parer au plus vite avec l’éradication de la maladie que les mesures d’accompagnement se résument à :

-      Appui à l’arrachage par le paiement de 40 000 f/ha de superficie infectée arrachée ;

-      Fourniture de 5 litres/ha de superficie infectée arrachée ;

-      Incitation financière de 50 000 f/ha de superficie infectée arrachage.

 

Composante 5 : Surveillance de l’arrachage

L’objectif est de s’assurer que (i) tous les foyers sont « éteints », (ii) les parcelles ne sont pas réinfectées et (iii) l’infection régresse.

Les principales orientations retenues portent sur (i) la prise et l’application de textes pour rendre l’arrachage/replantation obligatoire, (ii) l’inspection régulière de tout le verger afin d’identifier tous les foyers naissants, (iii) la surveillance des frontières et (iv) l’arrachage de tous les foyers d’infection.

Les principales actions de cette composante portent sur:

- la mise en place d’un dispositif de collecte et d’analyse de données et de retour d’informations sur les aspects scientifiques et socio-économiques liés à l’arrachage/replantation des foyers;

- les inspections régulières de toutes les zones « indemnes » de la maladie;

- l’inspection des parcelles replantées;

- le suivi de l’application des textes réglementaires);

- la gestion des conflits de voisinage et la mobilisation des brigades de surveillance.

 

Composante 6 : Recherche

Les activités de recherche démarrées depuis 2008 devront être renforcées et intensifiées pour une meilleure connaissance (i) du virus, (ii) de ses vecteurs et (iii) des hôtes ou réservoirs autres que le cacaoyer. En outre, il s’agit de rechercher des variétés de cacaoyers résistants ou tolérants au virus du Swollen Shoot ainsi qu’une méthode de protection des parcelles replantées et la lutte contre le (s) vecteur (s).

L’ensemble de ces résultats devra permettre d’améliorer les méthodes de lutte.

Le document de programme de génération de technologies de lutte contre la maladie du Swollen shoot est validé et actuellement en cours d’utilisation dans le cadre d’un programme antérieur financé par le Conseil du Café-Cacao.

 

2.3         Coût et durée du programme

 

·         Budget global : 21 Milliards CFA ;

·         Période d’exécution : 2018-2023, dont 3 ans d’arrachages et 2 ans d’inspection et de surveillance.

 

III RESULTATS

3.1 Au plan de la recherche

1. 6 hybrides encore indemnes de symptômes de Swollen shoot identifiés, 8 ans après plantation dans les zones infectées ;

2. 480 accessions paysannes des zones infectées par la maladie du Swollen shoot introduites à la serre de Bouafle ;

3. 05 souches virales de Swollen shoot : B, D, E, F et BC, présentes dans le verger cacaoyer ont été  caractérisées;

4. 9 espèces de cochenilles collectées dans le verger cacaoyer, dont 07 transmettent le virus du Swollen shoot;

5. Une bonne connaissance de la diversité floristique des cacaoyères ivoiriennes en relation avec les plantes hôtes du virus du Swollen shoot : 479 espèces végétales inventoriées;

6. 24 espèces végétales autres que le cacaoyer identifiées, dont 10 espèces confirmées et 14 nouvelles espèces ;

7. 6 variétés de cacaoyers du CNRA tolérantes au Swollen shoot ;

8. 1 carte sanitaire du Swollen shoot actualisée ;

9. 1 catalogue des vecteurs du virus du Swollen shoot :

    1.  les supports didactiques édités (dépliants, posters) ;

     2.  les connaissances acquises par les vulgarisateurs et les  producteurs sur le Swollen shoot.

    10. 1 catalogue des plantes hôte du virus.

 

3.2 Au plan de l’arrachage des foyers infectés

      -Contrat plan 2014-2017 : 16 350 ha de parcelles infectées arrachés, sur un objectif de 15 000 ha, dont 5 500 ha replantés ;

      -Phase intérimaire, d’avril à septembre 2017 : 5 518 ha arrachés ;

      -Intensification arrachage Campagne 2018/2019 : 30 294,61 ha arrachés ;

      -Intensification arrachage Campagne 2019/2020 : 37 294 ha arrachés au 30 juin 2020, soit 104 % de l’objectif de la campagne (36 010 Ha).

 

De façon résumée, la phase d’intensification se résumé à :

·         En tout, 6 958 localités touchées, 150 935 producteurs (dont 8% de femmes) sensibilisés et formés à la reconnaissance de la maladie ;

·         53 radios de proximité associées à la sensibilisation ;

·         Un cumul de 67 588,61 Ha arrachés ;

·         En tout, 23 809 producteurs touchés ;

·         Estimation des foyers restants : 60 000 Ha.

 

Conclusion et perspectives

Bonnes perspectives dans l’ensemble. La troisième campagne d’arrachage a démarré le 1er juillet 2020 et se poursuivra jusqu’au 30 juin 2021.